La surveillance corporelle féminine, non merci!

 
 
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Si vous me lisez depuis plusieurs mois, vous avez sans doute remarqué que le corps humain est l’un de mes sujets d’inspiration par excellence lorsque vient le temps d’écrire. Le corps nous porte toute notre vie durant. Il est source de surveillance pour la plupart (l’entretenir pour le garder en santé ou pour le faire correspondre à une certaine apparence), et il est également porteur de nombreux codes et symboles.

 

Je suis tombée récemment sur un article que j’ai trouvé fort intéressant. Intitulé « Women’s Construction of Embodiement and the Abject Sexual Body After Cancer », il aborde les résultats d’une recherche effectuée auprès de femmes survivantes de cancer, en lien avec leurs représentations de leur corps changé suite à la maladie. Principalement, le « corps abject » était la trame de fond de tout l’article. Le corps abject « mérite le mépris » et « est une source de dégoût moral ».  Ce que cela veut dire, c’est que suite aux transformations corporelles rencontrées face à la maladie (gain de poids, perte de cheveux, ablation d’un ou des deux seins, etc.), beaucoup de femmes étaient l’objet de contrôle, de dégoût, voire de remarques désobligeantes face aux autres. Lorsque les femmes expliquaient qu’elles avaient traversé un cancer, le regard public à l’égard de leur corps devenait soudainement plus compatissant.

 

Ma réflexion est que les résultats de cette étude concordent malheureusement avec une réalité trop fréquemment rencontrée au sein de notre société :  le corps des femmes est un objet de haute surveillance. Que ce soit suite à un vécu de cancer ou de n’importe quelle transformation corporelle (accouchement, gain de poids, etc.), nous sommes constamment plongées dans une injonction d’avoir l’apparence idéale : mince, mais pas trop, maquillée, mais pas trop, en forme… mais pas trop. Dès que le corps d’une femme déroge aux normes de féminité imposées, le regard d’autrui se pose sur le corps de cette femme d’une manière à bien lui rappeler qu’elle s’écarte de ce à quoi on s’attend d’elle. Lorsqu’autrui apprend que la transformation corporelle, ou l’écart de la norme de féminité, est hors de contrôle de la femme qui la vit, tout d’un coup, le regard change. Pourtant, il semble étrange que le corps, qui concerne l’individu qui le porte, soit autant un objet de discussion et de jugement par d’autres personnes.

 

La lueur d’espoir pour les femmes, est que malgré que nous vivions dans une société qui accepte trop peu la diversité corporelle (malgré un lent vent de changement qui s’installe), nous avons le choix d’accepter ou non que les gens fassent preuve de surveillance corporelle à notre égard. D’ailleurs, les résultats de l’article dont je vous parle démontrent également que les quelques femmes qui ont adopté une attitude plus défiante à l’égard de ceux qui leur posaient un regard empli de jugement semblent mieux s’en sortir que les autres. Autre piste : mettre l’accent sur les capacités de son corps, sa fonction et son pouvoir (ex. : avoir eu la force de traverser un cancer) rendent une personne plus apte à naviguer avec la pression sociale, que les femmes qui forgent beaucoup leur identité autour de l’apparence de leur corps.

Apprendre à s’accepter comme on est peut être le défi d’une vie, mais se détacher de l’opinion des gens qui sont souvent trop peu au courant de notre parcours, de notre vécu, semble être une première étape prometteuse pour développer une relation empreinte de respect avec son propre corps.

 

Éliane Dussault

Éliane est candidate au doctorat en sexologie. Elle étudie notamment le rôle de la présence attentive en lien avec la sexualité de populations adultes. Elle a à cœur le mieux-être et la santé des individus dans toutes les sphères de leurs vies et c’est d’ailleurs cette même vocation qui l’a poussée à écrire sur le sujet des cosmétiques biologiques.

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